Extraits - Sandra - Un par un !
Mes chers Papas, je suis hétéro !
- Papas ! Voilà, j'ai une importante nouvelle à vous annoncer…
- Nous t'écoutons, fiston.
- Eh bien, voilà, Papa, Papa, je crois que je suis hétérosexuel…
Silence. C'est là, dans ces moments forts, que le poids du silence est
palpable.
Mais cet aveu, s'il a occasionné immédiatement un silence à couper au
couteau, recèle quand même un espoir ténu que les plus perspicaces d'entre
vous n'auront sans doute pas laissé passer : il a dit " je crois " !
"Je crois" non pas dans le sens "j'en suis sûr" mais dans
le sens "j'ai un doute" donc "je pense que"… Mais je n'en suis pas CERTAIN
!
S'il n'est pas certain, c'est qu'il reste un espoir !
Il n'est pas "certain" qu'il soit hétérosexuel ! Ouf !
Un des Papa :
- Tu es sûr ?
(Alors là, non, c'est fatiguant ! Je me décarcasse à expliquer qu'il
reste de facto un espoir, ténu certes, et voilà le résultat ! Heureusement,
l'autre Papa, comme souvent dans les couples réussis et donc complémentaires,
est plus fin, plus sensible, plus délicat aussi.)
L'autre Papa (le fin) :
- Et… et tu le sais depuis longtemps ? Enfin, je veux dire, cela t'a
pris comment ?
(En voilà un bon Papa ! Un peu bêta cependant, même si cela part
d'un bon sentiment…)
- Eh bien, Papa Papa, pour tout vous dire, je n'en sais rien. C'est
comme ça ! Je n'ai rien fait pour, je vous l'assure…
- Mais comment se fait-ce ? Ce n'est pas nous qui… de par notre éducation…
demande le Papa fin.
- Absolument pas, rassurez-vous. Vous savez, je ne me sens pas différent,
ni exclu. Il me fallait faire un choix, je l'ai fait en conscience,
voilà tout.
- Remarque, en effet, c'est la nature. Qu'y faire ? Je ne te blâme pas,
mais je dois avouer que je suis sous le choc… (Chiffonnage de torchon)
Mon Dieu, si je m'attendais à ça !
Papa (l'épais) prend la parole :
- Ca, tu peux le dire, pour un choc, c'est un vrai choc ! Enfin, as-tu
pensé à la famille, et surtout à tes tantes ? Comment veux-tu qu'on
leur explique, hein, à Claude, Dominique, Camille, que… que tu… enfin,
ce que tu es… Comment veux-tu qu'on leur avoue…
- Mais enfin, chéri, ce n'est qu'une particularité ! (Tir bouchonnage
de torchon) Enfin, mieux vaut voir les choses comme ça). Et puis,
il n'y a rien à leur avouer, ses tantes s'en rendront bien compte bien
tous seuls…
- Laisse-le répondre, je te prie. Toi, avec ta sensiblerie, tu ne te
rends compte de rien. Ah, si tu m'avais laissé l'éduquer avec un peu
plus de poigne, on n'en serait pas là.
- Ah je t'interdis ! Nous étions d'accord, ce me semble ?!
- Mais, mes chers Papas, inutile d'en faire un drame ! Quoique que l'on
pense ou fasse, je serai toujours votre fils respectueux, soucieux de
ne pas vous faire de peine. Ce n'est pas parce que je ferai ma vie avec
une femme que je vous oublierai, loin de là. Oh, et puis, les qu'en
dira-t-on n'altèreront jamais la tendresse que je porte à mes Papas
chéris.
- Mais enfin, mon petit chéri, ton père (l'épais) a en partie raison
: nous ne pourrons empêcher les voisins de penser qu'il y a anguille
sous roche quand il te verront amener des filles à la maison. Il faut
nous comprendre… Ils penseront immédiatement que… avec elle…
- Mais enfin, Papa, quoi de plus naturel ? Ils penseront ce qu'ils veulent
et voilà tout.
- Donc, si je t'ai bien compris, les… femmes que tu vas… rencontrer,
tu risques de coucher avec… enfin, entièrement je veux dire… jusqu'au
bout… tu vas faire ce que font les autres… enfin… comme eux avec les
femmes ?
- Ben oui, je ne vois pas ce qu'il y a de choquant en cela ! Tout ça
est très banal. Point n'est besoin de se cacher maintenant, les mœurs
ont évolué, savez-vous ? Tenez, notre Maire, par exemple, eh bien, il
en est. Tout le monde le sait ! Et pourtant, il a été élu haut la main.
- Parlons-en de ton Maire ! Tu vas nous avouer que tu veux devenir Maire,
toi aussi !
- Et d'un, dites-moi les yeux dans les yeux que cela ne vous jamais
traversé l'esprit, d'être mariés ? Et de deux, en ce qui me concerne,
je n'ambitionne pas de devenir Maire, certes non, mais père, pourquoi
pas !?
- Ce qui revient à dire que même le mariage ne te fait pas peur ?
- Et pourquoi pas ? S'il m'est offert, par un heureux hasard, de rencontrer
la femme qui me laissera lui offrir ce qu'elle est en droit d'attendre,
et de prétendre, d'une union librement consentie pleinement en plein
accord avec nos aspirations consensuelles, celles-ci concernant au premier
chef notre futur commun, je ne vois ce qui pourrait y faire obstacle
! Oui, je l'avoue, si la fusion consentie de nos deux corps perdure
suffisamment pour nous faire souhaiter, l'un l'autre, que celle-ci ne
connaîtra, sauf déplorable accroc, que de futiles anicroches, je ne
vois pas pourquoi je nierais l'évidence : oui, je consentirai, s'il
m'en est donné l'occasion, à contractualiser une union avec une…
- C'est bon, c'est bon, on a compris l'essentiel.
- Dis-moi, d'où ça lui vient tout ça ?
- Je t'avais pourtant prévenu que les études tuent l'instruction.
- C'est à dire, je ne me souviens plus très bien où nous en étions avant…
- Chers Papa Papa, inutile de tergiverser en diverses et stériles billevesées…
- Tu vois, il recommence…
- Mon chéri, s'il te plait, exprime-toi en termes simples, comme quand
tu étais petit. Essaie du moins.
- Bon, je vais être clair et simple : vous, Papa Papa, si vous en aviez
eu l'occasion, ou la possibilité si vous préférez, si, faisant fi des
idées reçues, vous aviez eu la possibilité de bousculer les conventions
et de convoler en justes noces… Attention à la question et à la réponse
donc, réfléchissez bien : l'auriez-vous fait ?
- Possibilité ? Justes noces ? Réfléchir ? Le faire ? se demandent Papa
fin et Papa épais.
Réponse de Papa Papa :
- Eh bien oui, bien sûr, quelle question, nous l'aurions fait !
- Alors pourquoi refusez-vous cette éventualité quand elle me concerne,
suis-je vraiment si… différent ?
- C'est-à-dire, outre le fait que l'on ne te comprend pas vraiment quand
tu t'énerves et que tu parles vite… le reste, ça va.
- Le reste est acceptable si, en effet, tu fais un effort quand tu t'exprimes.
En fait, et tu le sais, nous t'aimons plus que tout et ne voulons que
ton bonheur, c'est pourquoi ta… particularité, que nous acceptons bien
sûr, ceci afin d'éviter toute nouvelle tirade incompréhensible, et avec
joie (torchon dépecé finement), n'augurera pas un changement
radical dans nos relations.
- Si ce n'est que cela, je puis vous rassurer, vous resterez mes Papa
Papa d'amour et même lors de mon mariage, je serai fier de vous et …
- Justement, ton père voulait te demander…
- Non, c'est toi…
- Euh, tu crois que le mariage, pour nous… aussi, c'est éventuellement
peut-être aussi envisageable…
- Quitte à bousculer les conventions, bousculons-les
de part en part ! Ce qui compte c'est l'amour ! Si j'osais employer
une image hardie : si celui que vous me portez était un fardeau, je
n'en pourrais supporter, même si j'étais Atlas, l'admirable poids. Et
si l'on pouvait mesurer l'amour que vous vous portez l'un l'autre à
l'aune de vos sentiments, l'univers même ne pourrait contenir les myriades
de galaxies composant l'infinie tendresse qui vous lie par delà….
- Tu vois, il recommence…
- Bon, voilà voilà, on va essayer de résumer : nous acceptons ta… particularité,
ta femme, tes enfants pendant que nous y sommes, et ton mariage…
- Dites-vous bien, Papa Papa, que mon mariage sera concomitant au vôtre,
ou ne sera pas… Et s'il le faut, j'en appellerais au plus hautes instances…
- Tu vois, il recom… (torchon pulvérisé)
- Laisse, il sait ce qu'il fait… On s'aime tous très fort, c'est là
le principal.
- …